Le douze avril 2026, j’ai eu l’occasion de suivre une balade parisienne animée par Alon Hermet (אלון הרמט) , au cœur de rues animées par le marathon. Intitulée « De la bourgeoisie juive à l’aristocratie catholique : union de la banque et du blason », cette promenade jette une lumière crue sur les alliances matrimoniales conclues entre une classe aristocratique française à la situation économique en berne après la Révolution française et de grandes familles issues de la haute banque.
Fondateur de Cultures-J (Cultures-j.com) en 2010, structure dédiée à la « valorisation du patrimoine historique et architectural », Alon Hermet retrace les exploits de grandes familles juives dans le redressement de leurs homologues françaises et catholiques entre 1843 et 1914 par le truchement de quarante-sept mariages. Ces alliances matrimoniales, ayant l’argent tant comme vecteur que clef de voûte, ont permis de « redorer le blason » de ces hoirs de l’Ancien Régime. Le rédacteur « Histoire et Culture » du magazine « L’Arche », un média du FSJU – Fonds Social Juif Unifié , explique le rôle essentiel des familles, Rothschild, Goldschmidt, Stern, Fould, Gutmann, généralement issues de la Judengasse de Francfort (Ghetto de Francfort), dans l’achat et la mise en stabilité d’hôtels particuliers dans les rues François ier , de Constantine ou encore Barbet-de-Jouy de Paris, sans forcément se convertir, pour certaines, au catholicisme grâce à une « dispense de conversion ». La conversion pouvant parfois risquer l’absence d’héritage du père, certaines femmes de familles juives se mariaient en gardant leur foi israélite. Le pape distribuait même, sporadiquement, ces « dispenses de conversion » afin d’éviter d’éventuels tumultes dans les familles juives ; tumultes qui auraient annulé l’intérêt de ces mariages pour l’argent si l’épouse venait à être écartée de tout héritage.
Deux filles de Karl Mayer von Rothschild, le frère de James, avaient toutes deux épousé un aristocrate français. Berthe devenait l’épouse du troisième prince de Wagram, Alexandre Berthier, et de facto princesse de Wagram. D’autre part, les comptes de la maison de Wagram étaient gérés par la banque Rothschild. La gestion du trésor français par la communauté juive n’était pas chose rare. Philippe le Bel, avant de chasser les juifs du royaume en 1306, avait laissé le trésor à cette communauté. De la même manière, la famille Fould, déjà évoquée plus haut, entretenait des liens étriqués avec la maison d’Orléans et les Bonaparte. Achille Fould, après avoir été ministre des Finances de la Deuxième République, prépare le coup d’État du 2 décembre 1851, puis devient ministre des Finances de l’homme qu’il a contribué à mettre sur le trône, Napoléon III. En sus, la propre fille du banquier, Charlotte, était mariée au marquis Alexandre de Breteuil.
La deuxième fille de Karl Mayer qui se marie avec un aristocrate français n’est autre que Marguerite de Rothschild, laquelle épouse Agénor de Gramont, duc de Guiche.
Marie-Louise Stern, issue de la Judengasse de Francfort, devenue marquise par son mariage avec Louis de Chasseloup-Laubat, filleul de l’impératrice Eugénie, l’épouse de Napoléon III, achète l’hôtel particulier au numéro 5 de la rue de Constantine à Rosalie von Gutmann, épouse de Robert de Fitz-James, un descendant de Jacques II d’Angleterre renversé par son gendre Guillaume d’Orange en 1688 lors de la Glorieuse Révolution.
Alon Hermet explique, d’autre part, les liens entretenus entre Marie-Louise Stern et Annie Pétain, la femme de Philippe Pétain. Marie-Louise bénéficie d’une protection pendant la Seconde Guerre mondiale en raison de son statut social. Cette protection, appelée « Aryenne d’honneur », Ehrenarier en allemand, est attribuée à seulement quinze femmes d’ascendance juive par le maréchal Pétain. À l’exception de Lucie Stern, la sœur de Marie-Louise, ces femmes proches du pouvoir vichyste sont exemptées de porter l’étoile jaune et de toute déportation. Au sein du Troisième Reich, le pendant de cette protection française est l’Ehrenarier, pour les Mischlinge, individus ayant une ascendance juive mais qui, pour des raisons politiques ou méritocratiques, sont exonérés de leur judaïté.

Un autre hôtel particulier de Paris, situé au 18 rue Barbet-de-Jouy, dans le septième arrondissement, appartenait à Suzanne Stern, mariée au parlementaire français Bertrand de Sauvan d’Aramon, qui avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Nonobstant l’absence de protection telle que l’ « Aryenne d’honneur », Suzanne n’est pas déportée. Plus tard, après la mort de son époux, Suzanne renoua avec le judaïsme en retournant à la synagogue de la Victoire de Paris.
